En marge d’un atelier qui a été organisé récemment sur la collaboration entre «Score» et huit centres techniques, nous avons rencontré Michael Elkin, responsable du programme «Score Global project» basé à Genève, au siège de l’Organisation internationale du travail (OIT) qui nous explique comment le programme «Score» améliore la productivité des conditions de travail au sein des petites et moyennes entreprises (PME) à l’horizon de 2035. Entretien.

Quelles sont les principales problématiques des entreprises tunisiennes ?

Les entreprises tunisiennes sont très entrepreneuriales. Cependant, elles ont du mal à accéder au financement et à gérer le processus lent et compliqué des formalités administratives. Les PME doivent également investir davantage dans la formation de leur personnel, ce qui contribue à améliorer les compétences et la productivité des travailleurs.

D’après votre expérience, comment pouvez-vous améliorer la productivité et les conditions de travail des petites et moyennes entreprises ?

Nous avons de nombreuses façons de le faire. L’objectif du programme «Score» est de former les travailleurs et les gestionnaires des PME avec lesquelles nous travaillons pour l’adoption de pratiques de gestion avant-gardiste, notamment le «Lean Manufacturing», l’amélioration continue, la coopération en milieu de travail, les bonnes pratiques en matière de ressources humaines et en matière de sécurité et de santé au travail.

Est-ce que Score, ce programme de l’OIT, a pu véritablement améliorer la productivité au sein des PME ?

Absolument. Nous savons que l’approche que nous utilisons a des impacts très positifs sur la productivité des PME. Nous avons mené de nombreuses évaluations d’impact qui le démontrent clairement. Le programme est également aligné sur les meilleures pratiques de gestion utilisées dans le monde entier pour améliorer la compétitivité des entreprises.

Combien d’employés ont-ils bénéficié de ce projet ?

La Tunisie est un nouveau pays de mise en œuvre pour le programme Score. En Tunisie, nous avons formé directement plus de 300 ouvriers et managers dans plus de 30 entreprises. L’impact s’étend à plus de 5.000 employés qui travaillent dans ces entreprises.

C’est quoi le terme Score, plusieurs ne le connaissent pas ? Ce concept est-il nouveau ? 

Score est l’abréviation de «Sustaining Competitive and Responsible Enterprises». Le concept n’est pas vraiment nouveau. Nous essayons d’articuler une approche des entreprises responsable envers les personnes et l’environnement tout en reconnaissant que les entreprises doivent réaliser des bénéfices pour réussir et créer de la prospérité économique et de bons emplois.

Ce concept est-il puissant ? C’est quoi le secret du succès de ce domaine ?

A l’OIT, nous pensons que ce concept est nécessaire au développement économique durable et à la cohésion sociale. Le secret du succès est de reconnaître que la véritable prospérité d’une société ne vient que lorsque tous les membres de la société bénéficient des gains économiques. Si un membre de la société est exclu, y compris les femmes, alors la société dans son ensemble ne prospère pas vraiment. L’inégalité entraînera sûrement des tensions sociales qui peuvent se manifester par des troubles civils ou même des guerres. L’OIT a été fondée à la fin de la Première Guerre mondiale et était basée sur la compréhension que la justice sociale est la véritable voie vers la paix et la prospérité.

Dans quel secteur et quel service excelle le programme «Score» ? Insiste-t-il sur la gestion de la qualité ?

Le programme Score travaille sur de nombreux secteurs. En Tunisie nous ciblons plusieurs secteurs dont : le textile, la métallurgie, l’électricité, l’agroalimentaire et l’industrie pharmaceutique. Le programme Score insiste sur la gestion de la qualité car nous considérons qu’il s’agit d’un facteur clé de succès pour les petites et moyennes entreprises.

Quelles sont les sources de financement du programme Score ?

Le programme Score est financé par le gouvernement suisse (Seco) et le gouvernement norvégien (Norad).

Sur quels modules est basée la formation Score ?

La formation Score comprend plusieurs modules, notamment : la coopération sur le lieu de travail, la gestion de la qualité, l’efficacité des ressources, la gestion de la main-d’œuvre, la santé et la sécurité au travail. Et actuellement, nous travaillons sur la planification de la continuité des activités, la santé et la sécurité face à la pandémie du covid. Il y a aussi l’égalité des genres et la production, plus justement, le Lean Manufacturing.

Quel est l’impact de la formation Score sur l’entreprise ?

Il a été démontré que Score permet aux entreprises bénéficiaires d’améliorer les conditions de travail : 53 % signalent une réduction des plaintes des travailleurs, 40% signalent une réduction de l’absentéisme et 40 % signalent une augmentation des salaires. Score a également amélioré la sécurité et la santé au travail (réduction des accidents jusqu’à 38%). Les évaluations ont montré que de meilleures conditions de travail améliorent la productivité (jusqu’à 74 % des entreprises signalent des économies de coûts), augmente la qualité (jusqu’à 59 % des entreprises signalent une réduction des défauts) et améliore l’impact environnemental (jusqu’à 45 % des entreprises réduisent leur consommation d’énergie et consommation d’eau).

La solution Score est-elle basée sur le concept «gagnant-gagnant» ?

Oui, nous pensons que c’est gagnant pour les chefs d’entreprise, pour les travailleurs, pour l’environnement et pour l’économie et la société.

Au cours de la formation Score, les PME sont-elles encouragées à améliorer la coopération entre managers et travailleurs ?

Absolument. Nous pensons que la coopération entre la direction et les travailleurs est essentielle pour l’amélioration fondamentale des PME qui sont à l’origine du reste des progrès que nous constatons dans les usines accompagnées par Score.

Y a-t-il des partenariats innovants pour soutenir le travail décent dans les chaînes d’approvisionnement mondiales ?

Oui, le programme «ILO Score» travaille avec de grands acheteurs internationaux (Lead Buyers) et des consortiums d’acheteurs pour former leurs fournisseurs afin d’améliorer la productivité, la qualité et les conditions de travail. De grandes marques en Europe et aux Etats-Unis ont soutenu la formation Score dans le monde entier pour améliorer les performances de leurs chaînes d’approvisionnement.

Comment faire pour être efficace à long terme ?

La formation Score ne peut être efficace à long terme que si nous sommes capables de créer une appropriation locale des principes que nous défendons. Cette appropriation locale doit se produire au niveau de l’entreprise avec les travailleurs et les gestionnaires qui participent à la formation Score. Elle doit, également, se concrétiser au niveau national avec les institutions nationales partenaires avec lesquelles nous travaillons. Grâce à l’appropriation locale, nous pouvons être assurés de la durabilité et du succès à long terme du programme Score.

Pouvez-vous nous décrire l’environnement idéal du monde du travail ?

Il est important que l’environnement de travail soit propre, bien organisé et sécurisé. Ces conditions souhaitables conduisent à une meilleure productivité et compétitivité pour l’entreprise, mais aussi à un environnement de travail plus sûr et plus sain. Nous avons de nombreux bons exemples de la façon dont un environnement plus propre et bien organisé a amélioré la productivité et la santé et la sécurité sur le lieu de travail.

Avez-vous entrepris des évaluations afin de savoir si les employés sont satisfaits de ce programme ?

Les employés sont très satisfaits du programme car ils trouvent que la communication s’améliore considérablement entre la direction et les travailleurs. Ils apprécient également les meilleures conditions de travail et sont fiers de leur travail et de l’entreprise pour laquelle ils travaillent.

Pour améliorer les conditions de l’entreprise, l’équipe a-t-elle un rôle primordial ?

Le travail d’équipe est essentiel pour améliorer les conditions de l’entreprise. Tout le monde doit travailler dans un effort de coopération pour obtenir des résultats. C’est le principe clé de la formation Score.

Le programme Score a toujours considéré l’égalité des genres comme l’une de ses composantes majeures…

Oui, l’égalité des genres est, depuis le début, un élément clé de la formation Score. Les entreprises qui ont l’égalité des genres et luttent contre la discrimination sont plus performantes et plus compétitives. Ceci est prouvé à travers toutes les recherches.

Pour finir, c’est quoi la méthode « 5S » ?

«5S» vient du système japonais Kaïzen. Il signifie trier, mettre en ordre, briller, standardiser et maintenir. C’est une approche pour organiser et maintenir le «Gemba» ou le «lieu réel» où toute la valeur d’une entreprise est créée. Il s’agit généralement de l’atelier de production où les produits sont fabriqués. Ce système est le même que celui utilisé par des entreprises comme «Toyota» et c’est une approche fondamentale pour le programme Score qui est introduit dans le premier module «Coopération sur le lieu du travail». La mise en œuvre des «5S» crée des améliorations rapides et significatives pour l’entreprise et crée un bon environnement pour le travail d’équipe et la coopération.

Source : La Presse